Yemen
Pascal Marechaux
Il est des pays dont le nom seul résonne comme une invite aux plus hauts mystères de l''Ailleurs : Pérou, Tibet, Afghanistan, Abyssinie, Yémen. On a énuméré là quelques-unes de ces hautes terres où l''homme s''est entêté à accrocher à flanc de montagne la fleur extrême de la civilisation : repaires mal accessibles mais d''autant mieux fascinants qu''ils figurent, à l''abri de la banalisation imposée par le siècle, un espace qui demeure celui des plus antiques traditions - ailleurs défuntes, ici vivantes encore, et bien propres à éclairer, par le détour de la géographie et du songe, les traverses de notre propre destin.Parmi ces hauts lieux, le Yémen a sans doute été de tout temps celui qui a le plus étonné les voyageurs : royaume de l''architecture spontanée où le moindre village est une œuvre d''art, patrie de l''encens et du café, territoire privilégié par un climat unique qui loge la verdure en plein désert, forteresse de montagnes «sculptées» par des générations de jardiniers-terrassiers-hydrauliciens d''une ingéniosité inégalée, dernier refuge enfin d''un islam tolérant, qui sait toujours faire bon accueil à l''étranger.Le présent ouvrage, fruit de quelque vingt années de travail, de fréquentation patiente et d''amour, est un peu la «somme» de cette culture bizarrement préservée - mais déjà fragilisée (nombre d''images que l''on verra reproduites ici, prises il y a quinze ans et plus, ne pourront plus jamais être captées par un objectif, tant la violence corrosive de l''époque, même en ce lieu, s''ingénie à détruire ce que les siècles avaient épargné) .C''est surtout le premier livre au monde qui donne à voir les deux Yémen, naguère affrontés, aujourd''hui réconciliés ; ainsi ouvre-t-il à notre regard les portes du légendaire Hadramawt, hier territoire interdit, où se dressent quelques-unes des plus étonnantes cités de la terre.Conscients du miracle que constitue à soi seule cette civilisation située quasi hors du Temps, les auteurs ont choisi pour guide, au long de leur itinéraire de découverte, le grand voyageur allemand Carsten Niebuhr, qui fut le premier, au XVIIIe siècle, à étudier le Yémen et à l''aimer. Avec eux nous pénétrons successivement dans toutes les chambres de ce pays à la fois « ouvert » et clos sur son rêve, où l''émerveillement est le constant compagnon de route du voyageur, et dont nous finissons par douter qu''il soit vraiment de ce monde.Le Yémen lui-même n''est pas à l''abri des tristes mirages qui dévastent aujourd''hui ce qui reste du monde. Il fallait ici, plus encore qu''ailleurs, un regard qui pût fixer sur une surface sensible la Beauté promise à l''effacement : qui témoignt pour elle quand il en était encore temps. Telle a été la mission de P. et M. Maréchaux au long de ces vingt années. Ils ont appris la langue du pays, partagé le pain et le sel avec ses singuliers habitants, étudié leurs mœurs et leurs arts, leur prodigieux habitat, exploré leurs non moins prodigieux paysages - car tout ici a du génie, même la nature.Deux livres avant celui-ci ont jalonné leur lente approche, deux livres qui ont été diffusés dans le monde entier et qui ont assis leur réputation de photographes, car cette terre leur a appris toutes les leçons de la lumière : VILLAGE D''ARABIE HEUREUSE, (Chêne, 1979) ; et LUNES D''ARABIE (Agep-Vilo, 1987) .